La Seyne, terre de casinos.

Au début du XXe siècle, les casinos de Tamaris, du Manteau et des Sablettes participent à l’essor de la cité. Naissance d’une station climatique…

Il fut un temps où les casinos interdisaient l’entrée aux femmes. Si en France, les jeux de hasard et d’argent ont été légalisés au XVIIe siècle, seul les hommes pouvaient y jouer. Les femmes avaient la réputation d’être trop impulsives, ne sachant pas se contrôler vis-à-vis du jeu et risquant de dilapider l’argent du ménage. Ce n’est qu’en 1912, que les femmes ont pu pénétrer dans un casino. «Le premier à avoir “marqué les esprits en ouvrant un casino aux femmes” fut François André, lorsqu’il créa celui de Deauville en 1912. C’était l’oncle de Lucien Barrière, lequel succèdera ensuite à son oncle à la direction de ce casino, pour créer ensuite le groupe Lucien Barrière, premier casinotier actuel en France», explique Jean-Claude Autran*, spécialiste de l’histoire seynoise. Une chose est sûre, plus de cent après, «la parité est parfaite avec 49,5 % de femmes et 50,5 % d’hommes», rappelle Laurent Lassiaz, président du directoire de Joa. (Pour la petite histoire, le groupe a fait l’acquisition, au 1er novembre dernier, du casino de Besançon (Doubs) qui appartenait au groupe Barrière). Mais à La Seyne-sur-Mer, à la fin du XIXe siècle, on est encore loin de l’effervescence des casinos. La ville, avec ses 16 000 habitants, est peu connue en France, sauf pour ses constructions navales de qualité. «La Seyne-sur-Mer est une ville ouvrière qui a priori, n’a pas à avoir d’établissement de jeux», précise Jean-Claude Autran. Contre toute attente, elle en aura trois, grâce à Blaise Jean Marius Michel, dit Michel Pacha. En 1834, embarqué sur un navire, il découvre la baie de Tamaris et en tombe amoureux. Il revient en 1873 et crée de toutes pièces une station climatique. Il lui faut alors un casino.

Trois casinos en 100 ans

En 1887, aux  »Sablettes-les-Bains », Michel Pacha fait construire le 1er établissement de jeux. En 1904, à Tamaris, un deuxième voit le jour. L’année suivante, le  »Petit casino » du Manteau est édifié, mais pas par lui. La guerre de 14-18 met un frein au tourisme. A la fin des hostilités, Tamaris ne se relève pas. Les Sablettes prospèrent. «En 1936, le Front populaire amène une autre clientèle, qui fréquente peu les casinos». La Deuxième Guerre mondiale porte le coup de grâce. Tamaris est détruite, les Sablettes et le casino, rasés par les Allemands qui craignent que les alliés n’arrivent par la plage, l’endroit idéal pour un débarquement : «Il ne reste alors que le grand Hôtel debout, et deux villas, le théâtre au bout du parc est rasé lui aussi. C’est ainsi que les alliés ont reculé et choisi les plages de Normandie». En 1946, après guerre, les jeux reprennent aux Sablettes mais nul ne sait où. Le casino, reconstruit en 1952, fonctionne jusqu’en 1993, avant de fermer, sur décision ministérielle. Il faudra attendre 2008 pour que la Ville, redevenue station balnéaire, puisse de nouveau prétendre à un casino…

chantal.campana@la-seyne.fr


*Dans le numéro de décembre  »Le Filet du Pêcheur » édité par l’association «Les Amis de La Seyne Ancienne et Moderne» Jean-Claude Autran raconte l’histoire des casinos
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