Politique de la ville : quand les solutions viennent «d’en-bas »

La 7ème étape des états généraux de la ville se tenait à La Seyne-sur-Mer, ce jeudi 14 juin. L’occasion de démontrer que dans les quartiers populaires des gens agissent, que les exemples d’actions qui réussissent ne manquent pas.

Que le Président de la République ait fait si peu de cas du rapport « Vivre-ensemble, vivre en grand la République, pour une réconciliation nationale » présenté par l’ancien ministre Jean-Louis Borloo, est forcément vécu comme un affront par ceux qui y ont beaucoup travaillé. « Le résultat de huit mois d’échanges et réflexions mis au pilon », enrage Marc Vuillemot. Un mépris des propositions en direction des quartiers populaires d’autant plus choquant pour le maire de La Seyne, également président de l’association des maires Ville et Banlieue de France, qu’il est au contraire « naturel, selon lui, qu’une République fasse ce qu’il faut pour que le droit commun dans toutes ses déclinaisons s’applique sur tous les morceaux du territoires ».« On a mis un genou à terre mais on est encore debout », prévient néanmoins Jean-Philippe Acensi, président de l’association Bleu Blanc Zèbre.

Plus déterminés que jamais « à se faire entendre, mais pas seulement au plus haut niveau de l’État », les deux associations à l’origine du collectif Territoires gagnants – et de l’Appel de Grigny -, se sont lancées dans un « tour de France des solutions ». « Un mouvement qui part d’en-bas », indique Guillaume Villemot, vice-président de Bleu Blanc Zèbre, déjà passé par Roubaix (59), Mulhouse (68), Sevran (93), Saint-Denis de la Réunion (974), Paris (75) et Allonnes (72). Et dont la 7ème étape se déroulait à La Seyne-sur-Mer ce jeudi 14 juin.

Cette fois-ci, c’est rassemblés autour du thème « Citoyenneté, Prévention & Cohésion sociale : construire ensemble la sécurité dans les quartiers », que des représentants d’associations, des responsables de services et des élus* ont échangé durant plus de quatre heures au Casino Joa « sur les expériences, les pratiques, les initiatives, qui ça et là, relève Marc Vuillemot, permettent de construire, de préserver, de maintenir, de renforcer la tranquillité et la sécurité dans nos quartiers ».

La clé ? Un travail collectif!

Prévention, veille, insertion, soutien à la scolarité, à la parentalité, accès à la culture… les exemples d’actions menées par « des gens qui concrètement règlent des problèmes de société », comme le souligne Guillaume Villemot, démontrent que toute solution passe par un travail collectif, co-construit, en réseau. Et si le maillage associatif seynois est souvent évoqué comme un atout, les initiatives qui fonctionnent sont aussi conduites avec les services de la Ville, de l’État, judiciaires…

Jean-Luc Bigeard, adjoint en charge de la prévention de la délinquance à La Seyne, cite d’ailleurs la Cellule citoyenneté et tranquillité publique, dont fait partie le programme de « rappel à l’ordre »,  dispositif qui porte ses fruits grâce à une coordination efficace entre la Ville, l’Éducation nationale et la Justice.

Les acteurs de terrains ne pointent pas seulement une police insuffisamment présente, ils dénoncent surtout un retrait des services publics des quartiers populaires.

Renzo Sulli, maire d’Échirolles (38) rappelle « les problèmes de sécurité sont subis par les plus faibles ». « On vit dans une société de plus en plus insécuritaire, de plus en plus violente, mais on vit encore plus dans l’insécurité dans les quartiers fragiles », abonde Patricia Fernandez-Pedinelli, maire de Port-de-Bouc (13).

C’est pourquoi, assure-t-elle, des élus locaux « se lèvent l’âme » et refusent, à l’image de Renzo Sulli, que « la politique de la ville soit quelque-chose de bureaucratique et administratif ». Et ceux-là, comme les responsables associatifs investis dans les territoires les plus fragiles, sont unanimes : « créer du vivre-ensemble » reste la meilleure parade.

« Il nous faut mettre en avant tout ce qui réussit, il nous faut des moyens, continuons à réclamer notre dû pour l’égalité de droits », soutient Patricia Fernandez-Pedinelli.

Jean-Philippe Acensi précise que le « capital emmagasiné » dans le cadre de ces états généraux de la ville « servira ces prochains mois ».

laurence.artaud@la-seyne.fr

*Les participants : Avef (association Vivre en famille), APEA (association de prévention et d’aide à l’insertion), Univers-Cité, Femme dans la cité et Citez des talents (La Seyne) ; Crésus Var ; Comité de veille de la Busserine (Marseille – 13), SOS Femmes 13 ; Médiation nomade, Nos quartiers ont du talent Forces Républicaines, L’Oiseau-Lyre; Voisin malin, Coup de pouce (réseau national).

Jean-Philippe Acensi et Guillaume Villemot, président et vice-président de Bleu Blanc Zèbre

Philippe Rio, maire de Grigny (91), Renzo Sulli, maire d’Échirolles (38), Patricia Fernandez-Pedinelli, maire de Port-de-Bouc (13), Patrick Magro, adjoint au maire de Septèmes-les-Vallons (13), Marc Vuillemot, maire de La Seyne (83), Jean-Luc Bigeard, adjoint au maire de La Seyne (83), Amar Henni, éducateur et anthropologue (Grigny – 91), Pascal Sergent, directeur général des services, Nieppe (59).

Extraits de témoignages

Katie Impériale (Avef) : « Nous agissons notamment sur la prévention de l’emprise et de la radicalisation. Dans notre ville, on s’est pas mal organisés. En lien avec la Préfecture, on a mis en place un projet collectif, on s’est formés pour pouvoir repérer des signes et intervenir. On a mis en place des actions, notamment des groupes de paroles […]. On continue sur d’autres thématiques telles la résilience. Et on va s’attaquer à la laïcité, un principe mis à mal. »

Céline Burgos, comité de veille de la Busserine (Marseille) : « Je suis aide-soignante et mère de 5 enfants. On n’arrive pas à tout contrôler quand on est parent. Je me suis sentie abandonnée par les institutions. J’ai dû me battre seule contre les réseaux de trafiquants de stupéfiants, j’ai lutté pendant 3 ans, j’ai réussi à sortir mon fils. A partir de là, je suis entrée dans un groupe de réflexion, ce qui nous a spontanément conduits, avec d’autres habitants (associations de locataires, associations de parents d’élèves, travailleurs sociaux…), à la création du comité de veille pour mener des actions sur la base du volontariat. Nous sommes écrasés par notre précarité, nous ne vivons pas dignement dans les cités de Marseille. 3% de la population du quartier dealent, on ne parle des autres 97%. Nous dedans, nous luttons, nous devenons des combattants, des résistants. »

Dominique Pinetti (APEA) : « Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir, on a beaucoup de gris mais on a de belles réussites ![…] La prévention, c’est quand on n’en fait plus qu’on se rend compte que ça servait. »

Jamila Ari (Femme dans la cité) : « Il y a surtout des personnes vulnérables dans les quartiers. […] Lorsque nous avons réalisé les Marches exploratoires, même nous, des femmes qui connaissons le quartier sur le bout des doigts, nous l’avons redécouvert. Nous avons pu voir comment l’aménagement urbain pouvait nous empêcher de passer par certains endroits. »

Médiation nomade, vidéo de présentation