Logement : le cri d’alarme du maire

La baisse des APL aura des conséquences dramatiques pour les bailleurs sociaux de France, dont Terres du Sud Habitat à La Seyne-sur-Mer. Marc Vuillemot en appelle à la mobilisation de la population.

C’est non seulement un coup de poignard dans le dos – la mesure n’a jamais figuré dans le programme électoral d’Emmanuel Macron-, mais aussi et surtout un coup porté qui risque d’être fatal aux offices d’HLM de France. Et donc, à Terres du Sud Habitat (TSH) à La Seyne. C’est ainsi en tant que maire, que président de l’association nationale Ville et banlieue, mais aussi que président de TSH que Marc Vuillemot, au côté de Yves Gavory, vice-président de TSH et de David Guengant, directeur de l’office, « lance un véritable cri d’alarme ».

Il brosse ainsi le tableau : « On baisse les APL (aides personnalisées au logement) de 5 euros fin 2017, on envisage une baisse de 50 à 60 euros par mois en 2018 ; on annonce aux locataires bénéficiant de l’APL que cette perte sera compensée par une baisse des loyers équivalente à la baisse des aides. Baisse qui évidemment ne peut être imposée qu’aux bailleurs sociaux, pas aux propriétaires privés. » En clair, un désengagement de l’État qui transfère ainsi le poids financier de l’aide sociale aux bailleurs. « Le hic, c’est qu’on ne peut l’imposer qu’aux organismes de logement social, en aucune façon aux bailleurs privés », dénonce Marc Vuillemot

Or, si l’opération peut apparaître « blanche pour les locataires de logement sociaux », ce n’est qu’« en apparence », décrypte-t-il. « Leur office », en effet, « sera lui, menacé tout simplement de déséquilibre et à terme, de danger de disparition pure et simple ».

Construction et rénovation à l’arrêt

« Grave, inquiétant » à plus d’un titre. Cette mesure condamne, pour commencer, la production de logements neufs, ce qui contredit au passage le respect de la loi (article 55 de la loi SRU). De même que les efforts de rénovation urbaine en feront les frais. « On ne pourra même pas aller au bout des dernières opérations du PRU de Berthe, ni envisager la participation d’un nouveau bailleur social à la rénovation du centre-ville », prévient le maire.

Pour TSH, la baisse des recettes serait de près de 2,8 millions d’euros. « Soit une dégradation de l’autofinancement qui serait très largement inférieure à 5%, alors que c’est le seuil de fragilité reconnu des organismes d’HLM par la Caisse des Dépôts et la Caisse de garantie de logement locatif social », précise le directeur de l’office.

Marc Vuillemot fustige ainsi un « État qui manifestement ne comprend rien à ces sujets-là ». Et qui, au-delà, « met à mal toutes les politiques publiques conduites depuis 1944 et le Conseil national de la Résistance »

Le maire de La Seyne-sur-Mer « en appelle donc à une mobilisation solidaire des citoyens -de tous les quartiers-, la mobilisation des locataires ». Et les invite à rejoindre le collectif « Vive l’APL ! » (communiqué ci-dessous)*, qui organise une journée d’action partout en France ce samedi 14 octobre (rendez-vous à 10h, place de la Liberté à Toulon). Il co-signe également, avec le vice-président et le directeur de TSH, une lettre adressée aux parlementaires varois dont la député LREM de la circonscription, Emilie Guérel (lire également ci-après). Le conseil municipal de La Seyne et le conseil d’administration de TSH seront en outre amenés à se prononcer sur la question dès leur prochaine réunion. Et le gouvernement sera interpellé par l’intermédiaire du préfet du Var dès mardi 17 octobre, lors de la journée décrétée, en signe de protestation, « Office fermé ».

laurence.artaud@la-seyne.fr

*Pétition en ligne : www.vivelapl.org

Le reportage de Var Azur TV

Yves Gavory, Vice-président de TSH, Marc Vuillemot, président de TSH et David Guengant, directeur de TSH

Communiqué du collectif « Vive l’APL »* : « Pas d’économies sur le dos des locataires ! »

Le gouvernement a annoncé son intention de retirer 5 euros par mois sur les allocations logements (APL-AL) par ménage à partir du 1er octobre, soit 400 millions d’euros par an. Cette mesure est injuste car elle touche uniquement les plus modestes d’entre nous, celles et ceux qui ont des difficultés à boucler leurs fins de mois.
Malgré le tollé général, le gouvernement persiste à vouloir réaliser en 2018 des économies, encore plus drastiques sur le budget des APL dans le parc social, à hauteur de 2 milliards d’euros. Prenant ainsi le risque de mettre en grandes difficultés des centaines de milliers de locataires, pauvres ou modestes, qui n’auront jamais les capacités de se reloger par eux-mêmes.

En effet, depuis vingt ans, les loyers et les charges ont progressé bien plus rapidement que les allocations et ressources des ménages à bas revenus. La moindre baisse des APL peut donc entraîner une hausse des impayés de loyers et des expulsions locatives.

Nous, associations de mal-logés, de locataires, d’étudiants, de résidents, de jeunes, de consommateurs, de personnes âgées, d’aide aux personnes défavorisées, de citoyens, syndicats, organisations de bailleurs sociaux avons donc décidé de nous unir contre ces décisions injustes, mais aussi inefficaces au niveau budgétaire à moyen terme, car une personne expulsée ou à la rue devra être prise en charge à un coût parfois bien plus élevé, au plan de l’hébergement d’urgence, de la santé…

Nous demandons solennellement et d’une seule voix au gouvernement de :

– revenir sur sa décision de ponctionner 5 euros des allocations logement et sur ses projets de coupes budgétaires en 2018 sur les bailleurs sociaux,

– appliquer l’encadrement des loyers en vue d’alléger la charge des locataires, comme le prévoit la loi dans les zones tendues,

– préserver l’équilibre économique à long terme des bailleurs sociaux afin qu’ils poursuivent leur mission sociale, entretiennent correctement leur patrimoine, accroissent leur production de logements sociaux et très sociaux, en particulier dans les communes qui en manquent, afin de reloger des ménages précaires dans de bonnes conditions et de continuer à répondre à l’ensemble des besoins sociaux.


Le collectif « Vive l’APL ! » appelait à la mobilisation dans toute la France samedi 14 octobre 2017.

*Premiers signataires :
AC, ACDL, ACSC, Advocacy France, AFOC, AFVS, AITEC, ATTAC, Bagagérue, CAL, CFDT, CGL, CGT, CLCV, CNAFAL, CNL, Collectif Logement Paris 14, Collectif SDF Alsace, Collectif SDF de Lille, Compagnons Bâtisseurs, Coop’HLM, COPAF, CSF, DAL, Emmaüs France, Emmaüs Solidarité, FAGE, FAPIL, Fédération des Acteurs de la Solidarité, Fédération nationale des Associations régionales HLM, Fédération Offices Publics de l’Habitat, Femmes Egalité, FEP, FNASAT Gens du Voyage, Fondation Abbé Pierre, Fondation Armée du Salut, FSU, Habitat et Humanisme, HALEM, Indecosa-CGT, Ligue des Droits de l’Homme, MNCP, Pas Sans nous, Petits Frères des Pauvres, Planning Familial, RESEL Ile-de-France, Le Refuge, Secours Catholique – Caritas France, SNL, SNUP Habitat FSU, SoliHa, Sud Santé Sociaux, Syndicat de la Magistrature, UNAFO, UNCLLAJ, UNEF, UNHAJ, Union syndicale Solidaires, UNIOPSS, USH, USP…