L’Espace social « Docteur Paul Raybaud » inauguré

La plaque dénommant désormais la mairie sociale, rue Renan,  «Espace docteur Raybaud » a été dévoilée jeudi 19 mai.

C’est Raphaële Leguen, première adjointe au Maire, qui a rendu hommage à cet homme engagé, résistant actif lors de la Seconde Guerre mondiale (voir plus bas) et surtout médecin reconnu et apprécié. Proche des gens et de ses patients, le docteur Paul Raybaud a œuvré pour l’ouverture du centre médico-social auquel il a consacré une grande partie de sa vie.

Patricia Legoff

Raybaud jeune

Retrouvez ci-après l’article de Chantal Campana paru dans Le Seynois de juin 2013

Dr Paul Raybaud

Un engagement pour la vie

Des Jeunesses communistes à la Résistance, le Dr Paul Raybaud n’a jamais cessé de défendre les valeurs de la République. Cofondateur de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance), il continue de témoigner. Rencontre avec un personnage hors du commun.

Le Dr Paul Raybaud ouvre la porte de son appartement, situé à quelques centaines de mètres de la place de la Liberté, à Toulon. A 92 ans, ce résistant de la première heure s’étonne sincèrement de l’intérêt qu’on lui porte. « La Résistance pour moi, c’est banal. J’ai été élevé dans un climat essentiellement républicain et à gauche, car mon père faisait partie du comité de vigilance anti-fasciste, en 1936. Socialisant, il avait déchiré sa carte du PS en 1925, parce que pas assez respectueux de la démocratie. Déjà !» ajoute-t-il dans un grand éclat de rire, «mais il a toujours voté socialiste, sauf les derniers temps, où il a voté communiste, mais il ne l’était pas. Il était franc-maçon, et comme la franc-maçonnerie était interdite en Union soviétique, vous pensez bien…»

La spontanéité, la bonne humeur et la liberté de ton du Dr Raybaud rendent l’entretien dynamique. Servi par une exceptionnelle mémoire, il raconte des pans entiers de son existence, sans jamais hésiter. « J’étais anti militariste et anti-clérical. Avec mon père, on a défilé le 12 février 1934 à Toulon, en riposte au coup d’état foireux du 6 février 1934 des Croix-de-Feu. C’était l’annonce du Front populaire ! ». Le jeune Paul a alors 13 ans, l’âge où ce que l’on vit reste implanté dans la mémoire : « Mon engagement dans la Résistance était tout tracé. J’étais déjà contre Pétain et évidemment contre les Allemands. J’étais patriote au sens de la République des soldats de l’an II. Patriote et républicain ».

Des Jeunesses communistes à la Résistance

Paul Raybaud passe ses deux bac, l’un à 16 ans, l’autre à 17, puis part faire ses études de médecine, à Marseille. En Janvier 41, à 20 ans, il est en deuxième année de médecine. Il fait alors la connaissance de deux autres étudiants, et les rejoint aux Jeunesses communistes. L’entrée en Résistance va suivre. Dans la chambre isolée de Paul, le trio imprime des tracts : « On imprimait des slogans  »A bas Pétain », il vend la France ». C’était-là ma résistance civile, civique ». Les tracts ont joué leur rôle de témoin d’existence : «Une façon de dire qu’il y avait des gens qui n’étaient pas d’accord ». Puis, le jeune étudiant intègre les chantiers jeunesse. Direction Nyons, dans la Drôme : « Là-bas, j’étais magasinier jusqu’au moment où, par rapport à mes deux années de médecine, j’ai dû aller dans un centre de formation, à Boulouris, pour être auxiliaire médical. Le matin, il fallait chanter  »Maréchal nous voilà » !». Ensuite ce sera Narbonne, Comps… Jusqu’à la démobilisation du chantier jeunesse, fin août 1943. Arrive la loi sur le travail obligatoire pour l’Allemagne : «Je suis tombé dans les pattes du PPF de Marseille (Parti populaire français) et me suis retrouvé interne des hôpitaux de Toulon à partir de septembre 43 ». Survient alors l’un des premiers bombardements de Toulon. Plus de 500 morts, de nombreux blessés et pour le Dr Paul Raybaud, une découverte, la mort par le stress : « Certains arrivaient sans blessure apparente, pas de sang, pas de fractures, et quelques heures après, ils étaient morts ! Du choc».

La voie du maquis
En Octobre 43, il est nommé responsable des Jeunesses communistes de Toulon . A ce moment-là, nombreux sont ceux qui veulent passer au FTP, (Francs-tireurs et partisans), rejoindre le maquis : « J’étais alors en relation avec celui qu’on appelait le convoyeur, qui les y emmenait ». A l’hôpital Chalucet, Paul Raybaud poursuit son internat. Le 16 janvier 44, Pedro, un maquisard blessé lors de l’attaque du camp de Brue-Auriac, est récupéré par les Allemands et gardé par deux inspecteurs. « Avec un collègue, on a prétexté une radio à lui faire passer, puis on l’a caché à la morgue en attendant de pouvoir le faire sortir, pendant les heures des visites. Je l’ai gardé chez moi, à deux pas de l’hôpital ». Ensuite, il a fallu aider Pedro à rejoindre le maquis. « Il devait se rendre à Salernes et pendant 8 jours, j’ai eu peur qu’il soit arrêté en chemin lors des contrôles et qu’il nous dénonce tous. Au bout de 10 jours, j’ai compris qu’il n’y avait pas eu de problème, mais à partir de là nous avons été surveillés, à l’hôpital, et j’étais suivi. Nous étions au mois de mai et ça commençait à sentir le roussi». Peu après, le convoyeur est arrêté. « Je me suis dit, allez, il faut filer».

La peur d’être pris

« Je suis allé directement à Camp Robert, au maquis d’Aups, et je me sentais beaucoup plus en sécurité qu’en ville. Chose bizarre, les jeunes s’imaginaient que les conditions étaient dures. Pas du tout, c’était de tout repos. On dormait tous ! ». Le Dr Raybaud, espiègle, s’amuse des réactions que suscite son récit. « On appréhendait tous d’être arrêtés, parce qu’on n’a jamais peur de mourir, mais peur d’être pris, peur de la torture et surtout peur de nous-même. Nul ne peut être sûr qu’il ne parlera pas et c’est comme ça que certains se sont suicidés ». Revenu du maquis il rentre dans l’Armée, sans s’engager. « J’ai passé la visite à tout le régiment des Maures et suis parti avec eux dans le Queyras. Le 8 mai, je suis convoqué à Marseille. On me dit  »on s’est aperçu que vous n’aviez pas signé votre engagement. Signez-le ! » Je me suis donc engagé pour la durée de la guerre, le jour de l’Armistice, le 8 mai 1945 ».
« Nous étions tous des maquisards, avec l’espoir de libérer la France, de se débarrasser de Pétain et d’avoir une société meilleure ». Quand on évoque les 70 ans du CNR (Conseil national de la résistance), l’esprit de groupe demeure : « Un lien très fort uni tous ceux de la Résistance. On avait tous le même esprit. Sans la connaître, nous étions déjà acquis à la charte du CNR ».
Une autre vie
La guerre finie, le Dr Raybaud termine son internat. En 1947, il s’installe à Toulon, Pont de l’Escaillon et exerce la médecine libérale pendant quelques années. « Je faisais mes visites à vélo, car je n’avais pas assez d’argent pour m’acheter une voiture». Marié très jeune, à presque 20 ans, il est déjà papa de trois enfants. «Quand je me suis installé, la population était très pauvre. J’étais le seul médecin à prendre le tarif légal de la Sécurité sociale». Ceux qui n’ont pas d’argent le paient plus tard, d’autres lui offrent des poules, des victuailles. Au début des années 50, le premier centre-médico-social ouvre à La Seyne-sur-Mer, sous l’impulsion de Toussaint Merle. Le Dr Raybaud rejoint le centre. Peu à peu, d’autres médecins arrivent, des infirmières… dont la jeune Edith Vuillemot, pas encore maman. Le Dr Raybaud quitte le centre en mai 1986, pour prendre une retraite bien méritée, à l’âge de 65 ans. Depuis, il s’occupe de l’association ANACR dont il est le cofondateur depuis 1954.

Trois heures ont passé. Il est temps de prendre congé. A regret. Le Dr Paul Raybaud se roule une cigarette, avec application. «Ah, vous fumez ? ». Il éclate de rire et malicieux, lance : « dites, à mon âge, vous croyez pas que je vais me priver en plus ? »

Chantal Campana

Paul Raybaud en compagnie de Richard Aguado