L’art des rocailleurs

JUSQU’AU 23 avril, la Maison du Patrimoine met en exergue un art méconnu : celui des rocailleurs. L’occasion de découvrir et faire connaître les vestiges seynois et Ouest-varois de ces monuments en ciment imprimé de la première moitié du XXème siècle. VERNISSAGE SAMEDI 20 FéVRIER à 11 HEURES.

Grottes, rochers, pierres, bois, concrétions naturelles, cascade… Bienvenue dans le monde merveilleux des rocailles. Rocaille, « un faux ami qui, loin de qualifier un minéral, désigne une sculpture réalisée à base de ciment frais imprimé et modelé, au grès de l’inspiration des maçons de l’époque », explique Julie Castellani, responsable de la Maison du patrimoine.

« C’est en 1824, à partir de l’invention du ciment Portland (liant à base de chaux et d’argile), que cet art du ciment se développe grâce à ses qualités plastiques (facilité de façonnage), sa mise en œuvre rapide et sa capacité d’adhésion sur des supports métalliques », précise Nathalie Milan, de la Maison de l’habitat. A La Seyne-sur-Mer, une vingtaine de ces rocailles ont été recensés par ses soins, « le plus souvent dans le périmètre de la ZPPAUP, mais pas que… » : « De 1904 à 1945, ce courant a connu du succès chez les particuliers qui trouvaient là le moyen de mieux intégrer le bâti des escaliers, rampes et autres façades au paysage ». L’entrée de l’auberge du Pas du Loup est ainsi encadrée par deux troncs de chêne et de pin en fac simile, le musée Balaguier a recueilli un moulin et une souche avec les attributs d’un jardinier, et c’est une fausse ruine en pierres de taille que nous dévoile une propriété de Fabrégas : « Il s’agit aussi de faire prendre conscience aux propriétaires* de l’existence de cet art pittoresque, de révéler des oeuvres parfois bien cachées, d’encourager la rénovation des rocailles dans les règles de l’art ainsi que leur mise en valeur, et d’améliorer notre connaissance sur cet aspect du patrimoine », résume Nathalie Milan.

Un patrimoine bien visible depuis la corniche dans le parc Michel Pacha, où l’on aperçoit la barque de Picasse : « Les auteurs -méconnus- y ont gravé leur nom. Un certain Stanislas Cailhol a par ailleurs érigé un faux moulin en rocailles dissimulant une noria . Sans oublier André Ameriot et un certain Crivello, Italien sans doute, comme beaucoup de maçons à l’époque », souligne Julie Castellani.

L’exposition de la Maison du patrimoine, place Bourradet, est un prêt de la Communauté d’agglomération Sud Sainte-Baume. Sa douzaine de panneaux pédagogiques a été enrichie des sites seynois. « Loin du jugement esthétique, il s’agit de garder une trace de cet art du trompe l’oeil, le témoignage d’une époque », conclut-elle.

gwendal.audran@le-seynois.fr

*Les propriétaires de rocailles sont invités à se faire connaître au 04 94 06 95 52 ou sur renouvellementurbain@la-seyne.fr. L’occasion de recevoir des conseils d’entretien et d’inscrire leurs œuvres au répertoire des rocailles seynoises.

Plus d’infos sur www.rocailleur.fr ou sur le blog du rocailleur Nicolas Gilly http://rocailletcompagnie.blogspot.fr

Pour aller plus loin :

– « Les Rocailleurs, Architecture rustique des cimentiers marseillais », CAUE des Bouches-du-

Rhône, 2004.

– « Jardins « au naturel », rocailles, grotesques et art rustique », Michel RACINE, Actes Sud, 2001.

– « Les rocailles, une architecture oubliée », Yves GAUTHEY, Mémoires Millénaires, 2014

Histoire et définition

La rocaille (ou rusticage) est un art du ciment très populaire, trouvant son apogée sous le règne de Napoléon III et son déclin dans les années 1930. Le terme de « rocaille », apparu en 1636, désignait un morceau de minéral à la forme tourmentée que l’on utilisait pour construire des grottes artificielles ou des décorations de jardin. En 1691, Augustin-Charles d’Aviler le définit comme une composition d’architecture rustique qui imite des rochers naturels et qui se fait de pierres trouées, de coquillages et de pétrifications…