« La Seyne a retrouvé un avenir ». Un entretien avec Marc Vuillemot, maire de La Seyne et vice-président de la Métropole TPM

Le Seynois : Depuis le début de votre premier mandat de maire, 10 années se sont écoulées. Quel regard porter sur le chemin parcouru ?

Marc Vuillemot : Notre ville s’est transformée en profondeur. Cette mutation n’a pas commencé avec ma prise de fonction. C’est sur un temps long que le redressement s’opère. Un signe parmi d’autres : en 2011, La Seyne a égalé et dépassé le nombre d’emplois de l’époque des chantiers navals. Sur tous les plans, notre ville a retrouvé un avenir. Celui d’une ville moyenne dynamique, à l’économie diversifiée.

« La Métropole, un défi enthousiasmant »

La Seyne a donc de solides atouts pour prendre toute sa place au sein de la Métropole Toulon Provence Méditerranée, née le 1er janvier 2018…

La Métropole, c’est un défi enthousiasmant. Nous devons jouer collectif tout en y affirmant notre personnalité. Les Seynois doivent se mobiliser, pour faire valoir nos intérêts bien compris et pour qu’elle réussisse. C’est une chance. Il nous faut la saisir.

Quelle partition La Seyne joue-t-elle dans le concert intercommunal ?

La deuxième ville du Var, fidèle à ses racines, apporte une certaine culture de la solidarité, de la vie ensemble. La proximité, la concertation permanente, la vie intense des quartiers… Et bien sûr tout le tissu associatif, puissant, dynamique, dans tous les domaines… Tout cela est dans notre ADN.

Et sur le plan économique ?

Le démarrage de l’activité du site de Monaco Marine, à Bois Sacré, est tout un symbole : l’activité navale à La Seyne, conçue non plus comme une mono-industrie mais un élément puissant de diversification… Ce sera à l’automne 2018, et c’est encore un dossier mené à bien par TPM et la Ville. Comment ne pas y voir la preuve de notre attractivité et de nos potentialités de développement ! Avec les Playes, la zone industrialo-portuaire, des activités de pointe mettant en synergie recherche scientifique, fondamentale et appliquée, et technologies les plus avancées… CNIM, Orange Marine, Ifremer, le projet Antarès, pour n’en citer que quelques uns… C’est tout cela, le pôle de compétitivité Mer à vocation mondiale dont Brégaillon est la base maritime…

2018, c’est le départ de la rénovation de l’Atelier mécanique… La Seyne aura-t-elle son cinéma ?

La Ville et les investisseurs ont commencé : nous engageons les premiers travaux de désamiantage, et ils entament la commercialisation. Nous attendons l’examen du recours contre le permis de construire par le Tribunal administratif. J’ai bon espoir que le bon droit et l’esprit de responsabilité l’emportent. Mais que de temps perdu…

« Le centre ville reste notre priorité »
La ville avance, mais les difficultés demeurent…
C’est clair, il reste beaucoup à faire. La crise, les politiques d’austérité, nous ont sans doute plus affectés que des villes qui, elles, connaissaient au départ une situation plus florissante. Il nous a fallu travailler durant toutes ces années dans des conditions très difficiles. Retrouver l’équilibre financier nous a beaucoup accaparés. Les économies courageuses réalisées par nos services municipaux, la maîtrise de la dette et la victoire sur les emprunts à risque…

La Seyne bénéficie de soutiens…
Et d’une attractivité forte ! On l’a vu avec les investissements privés que nous sommes allés chercher. Côté public, le renouvellement de Berthe n’aurait jamais été possible sans l’Etat, et c’était indispensable pour l’ensemble de notre territoire, j’insiste, du Nord au Sud ! Maintenant, il faut passer au centre-ville. C’est le moteur de tout notre territoire. Il reste notre priorité pour ce mandat. Le temps joue contre nous. Il faut que le Gouvernement se décide enfin à allouer les aides annoncées depuis 2014 pour le nouveau programme de rénovation urbaine.

Vous agissez sur le plan national comme président de l’association des maires Ville et banlieue de France…
Pour moi, c’est une démarche qui rejoint, d’une autre manière, celle qui m’a fait agir, en 2011, pour la maternité. C’est du temps et de l’énergie, mais je le fais pour deux raisons : d’une part, les maires doivent être dans notre pays des lanceurs d’alerte pour la cohésion de la République, contre toutes les agressions – et je pèse mes mots – dont les collectivités et à travers elles, les citoyens, font l’objet. Et bien sûr, je le fais pour l’intérêt bien compris de ma ville, comme le font tous mes collègues, issus d’horizons politiques très divers, mais animés par la même fidélité à leurs engagements…

Mais la pression sur les collectivités locales ne se relâche pas…
Non. Réductions de dotations aux collectivités, baisse des aides à l’insertion professionnelle et à la formation, véritables torpilles aux associations, attaques gravissimes contre les outils du logement social (comme notre office ici, TSH)… Et à la clé, d’inévitables et terribles conséquences sur les services municipaux apportés à la population (crèches, écoles, sport, loisirs, vie associative…).

Dans ce sens, la loi de finances votée récemment au parlement n’annonce rien de bon…
L’Etat, les parlementaires de la majorité, prennent une lourde responsabilité face à l’Histoire s’ils continuent dans cette voie. Baisser, par exemple, les aides au logement et les compenser par une baisse des loyers imposée aux Offices publics d’habitat social, c’est menacer de mort tout ce dispositif solidaire. C’est laisser seul le citoyen face aux difficultés du monde et du moment.

Vous appelez les Seynois à se mobiliser…
Nos outils de démocratie locale sont là pour ça. En 2018, plus que jamais, je les appelle à intervenir, à participer au travail des instances de concertation, aux Conseils de quartiers, à agir dans les CIL ou d’autres associations. La démocratie vivante, c’est un moteur. Pas une gêne pour qui gouverne.

La proximité vis-à-vis de la population, dans la construction de la Métropole, est donc un axe fort..
C’est essentiel. C’est pourquoi nous lançons cette année l’expérience d’un budget participatif. C’est aussi pourquoi nous offrons dès le 1er mars de nouvelles possibilités de démarches dématérialisées, sur le site de la Ville. En particulier le dispositif “Allô La Seyne”, qui a largement fait ses preuves, sera ainsi toujours plus efficace et réactif. « De 850 logements par an à moins de 500 ! » Côté urbanisme, les constructions inquiètent souvent les Seynois… Sur ce plan aussi nous devons rester mobilisés ! Dès ma prise de fonction, j’ai engagé un nouveau Plan local d’urbanisme (PLU) et 2018 le verra encore précisé et renforcé. Savez-vous qu’avant 2010, La Seyne construisait autour de 850 logements par an ? Eh bien depuis, grâce à notre action, nous sommes passés à moins de 500 ! Et la zone constructible la plus dense a été réduite de moitié. Bien sûr, notre ville est attractive et la loi ne nous permet pas de tout empêcher. Mais les règles ont bien changé et nous veillons à ce que La Seyne ne dépasse pas, à terme, les 70 000 habitants.

La Seyne est un territoire divers et riche d’atouts naturels…
Et c’est bien cela que nous voulons protéger et développer. De la revalorisation urbaine maîtrisée à la protection de nos richesses naturelles, avec tous nos efforts pour le tourisme et le développement durable, avec notre classement en Territoire à énergie positive, le pavillon bleu ou l’AVAP, cette protection, notamment, de la corniche de Tamaris… C’est cela, aussi, la musique que La Seyne fait entendre, au coeur de la Métropole…