Fort Napoléon : de Bonaparte à Pacha

Vendredi 22 septembre à 17 heures, Florence Cyrulnik, conseillère municipale déléguée au patrimoine, guidera le public curieux de l’histoire du fort Napoléon et de celle de Michel Pacha. Une exposition permanente la retrace sous la forme de panneaux illustrés.

Le fort Napoléon livre tous ses secrets…ou presque. Bonaparte en effet s’illustre une nuit de décembre 1793. Du haut de la colline Caire, il a le génie de prendre à revers les Anglais qui tenaient Toulon. En 1808, le temps a passé mais le désormais empereur se souvient de ce site qui offre une position stratégique et donne donc l’ordre d’y bâtir un fort. Ce nouveau bâtiment s’inscrit dans le mouvement de fortification de la côte, son architecture est d’inspiration Vauban. L’exposition permanente évoque la vie du fort Napoléon à travers presque deux siècles, la période belliqueuse étant circonscrite à la Seconde Guerre mondiale. Les Allemands l’équipent de redoutables – et redoutées – batteries antiaériennes. La Seyne finit par être libérée le 26 août 1944. Dans la soirée, de fortes détonations font résonner le fort Napoléon, l’ennemi fait exploser ses munitions et neutralise ses puissants canons de 37 mm. Le bâtiment recouvre alors la liberté grâce à la 6e Compagnie du 4e Régiment des Tirailleurs Sénégalais. Il sera ensuite désarmé en 1973, acquis par la Ville, et transformé début 80 en centre culturel. De son histoire militaire, le fort Napoléon conserve essentiellement la mémoire des voix des soldats, des hennissements des chevaux et plus tard des ronflements des moteurs, le quotidien presque banal d’une vie de garnison.

Une vie de Pacha…mais pas à ses débuts.

Né deux ans avant l’achèvement du fort Napoléon, Marius Michel aura tout sauf une vie immobile. Mousse dans la Marine nationale à l’âge où l’envie de dévorer le monde contraint de tout accepter, il est rapidement remarqué. A 24 ans, le voici capitaine au long cours dans la Marine marchande et devient officier sur un paquebot-poste de la ligne du Levant. Il connaît parfaitement la rudesse de la Méditerranée, et du reste a failli en payer le prix fort à l’occasion d’un naufrage. En 1855, un projet lié à la rénovation et à la construction de phares et de balises sur les côtes, les îles et les détroits de la Mer noire est accepté par le sultan de l’Empire Ottoman. Marius Michel est nommé directeur général des phares et balises et perçoit un pourcentage sur les droits de navigation. Une vingtaine d’années plus tard, sa fortune devient colossale grâce à une concession des quais des ports de Constantinople qui lui procure une rente prélevée sur les marchandises en transit. Prospérité et honneur marchent de concert, il sera fait Pacha par le sultan Abdulhamid II en 1879. En France, outre sa carrière politique (maire de Sanary à deux reprises) il sera un étonnant homme d’affaires, détectant les évolutions majeures qu’allait connaître le 19e siècle. Ainsi, dès 1859, la création de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée rend plus accessible la région. Quand, en 1861, l’écrivain Georges Sand décrit Tamaris après une période de repos passé sur nos rivages, l’endroit est alors très sauvage, éloigné de tout et notamment de La Seyne. Vers 1880 Marius Michel, Pacha et depuis peu Chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur démarre les travaux de Tamaris. Ce site est idéalement situé en bord de mer, protégé du vent par les collines et particulièrement bien exposé au soleil. Les paysages évoquent la Corne d’Or, autre belle baie profonde sur les rivages de Constantinople. Michel Pacha y crée une station hivernale comprenant des propriétés, des villas, des hôtels, une église, un port, des fontaines, des commerces et un bureau de poste, la petite poste de Tamaris que nous connaissons. Il réalise ensuite une installation balnéaire aux Sablettes. Liés à la villégiature, et fortement axés sur l’évocation du voyage, certains édifices de Tamaris s’inscrivent dans un mouvement général alliant éclectisme et style orientaliste influencé par les voyages du Pacha-promoteur. Durant toutes ces années de gloire, la population saisonnière y développe un mode de vie tournant autour des loisirs : opérettes, concerts, bals d’enfants, ainsi que des salons de lecture et de compagnie, des billards, du tennis et du croquet. Ainsi, certains cafés seynois ne ferment pas leurs portes de la nuit. On propose des promenades en mer, des excursions en forêt, des bals sont donnés dans la grande « véranda » du Grand Hôtel de Tamaris, des feux d’artifice illuminent la plage des Sablettes, un cercle de régates est créé à Tamaris en 1894 et des courses de chevaux sabotent le bord de mer. A la fin du 19ème siècle, l’absence de desserte ferroviaire directe freine l’expansion de la station. La clientèle parisienne, aristocratique ou grande bourgeoisie d’argent venue aux débuts de la station, s’installe plus loin sur la côte. La Première Guerre mondiale endort la station pour de longues années mais le rêve visionnaire du Pacha a survécu en grande partie aux bétonneurs de la deuxième moitié du vingtième siècle.

Jean-Christophe Vila

Michel Pacha