Emmaüs 83 : s’en sortir ensemble

La grande vente annuelle du 5 août dernier chez les compagnons d’Emmaüs illustre la richesse humaine de cette structure de réinsertion installée derrière la gare depuis 1984.

Un détail qui n’en est pas un. Dans chaque salle, hangar, garage etc, où les compagnons travaillent selon les classiques 8h-midi / 14h-18h, trônent un réveil, une pendule de cuisine ou une horloge de salon. C’est à travers et grâce au travail que l’Abbé Pierre, fondateur des compagnons d’Emmaus en 1954, encouragera celles et ceux qui ont tout perdu et surtout leurs repères à se reconstruire. La réinsertion par le travail signifie que l’individu se réapproprie peu à peu le réel social dont le respect des horaires est un des fondamentaux. Contrairement aux idées (mal) reçues, ce mouvement n’a rien de religieux. Il se revendique laïc et accueille tout le monde sans distinction religieuse, ethnique, ou politique. Du reste, se souvient-on que l’Abbé Pierre avait assuré un mandat de député au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale ?

Construire et se reconstruire

Début des années 80. La campagne David est achetée, avec une bastide du début XIXe dominant un site de 2,5 hectares. Le postulat est le suivant : les personnes ayant vécu dans la rue ont besoin d’un joli coin pour se reconstruire. Les premiers temps sont difficiles. Les compagnons d’alors s’investissent fortement pour réparer, refaire ou bâtir des locaux pouvant à la fois être lieu d’accueil et outil de travail. Aujourd’hui, Emmaüs–Var détient trois sites : La Seyne-sur-Mer, une antenne au Muy avec des compagnons qui oeuvrent dans la même logique et une fermede 11 ha à Callian, dans l’arrière-pays, reçue en don il y a quelques années. Celle-ci assure une grande partie des besoins alimentaires de la communauté (miel, huile d’olive, cultures maraîchères…), tout en mettant en oeuvre ses principes fondateurs : s’en sortir par son travail et aider les autres dans un esprit de solidarité. La responsabilité d’Emmaüs-Var est actuellement assumée par trois directeurs. Jean-Marie, en place depuis 1987, passe petit à petit le flambeau à Vanessa et Simon, d’une autre génération. Les trois partagent les mêmes valeurs et peuvent compter sur les forces d’une quarantaine de compagnons, cinq salariés et une quinzaine de bénévoles.

L’avenir pour guide

Les dons changent dans leur nature et leur volume, suivant en quelques sortes l’évolution de la consommation. D’une manière générale, le rebut ne se gère plus de la même façon et devient un modèle économique à part entière. Même si le credo des compagnons reste de privilégier la vente aux particuliers, ces derniers se répartissent en plusieurs catégories. Ceux qui achètent des meubles, vêtements etc par nécessité côtoient les habitués de la “chine”, particuliers surtout et également puciers et brocanteurs. « Les dons augmentent en volume et baissent en qualité, nous devons faire face à la concurrence d’Internet mais heureusement que des gens pensent encore à nous en offrant des objets de valeur en connaissance de cause », positive Jean-Marie. La grande vente annuelle est l’occasion en vidant les ateliers de montrer au plus grand nombre les multiples savoir-faire des compagnons. Ainsi, l’ébéniste anglais qui a posé ici ses ciseaux et ses rabots il y a plus de 15 ans fabrique des meubles neufs dont les éléments (planches, vis, charnières, poignées…) sont issus exclusivement de la récupération. Autre exemple édifiant, le concept de la “Fabrique” qui redonne vie dans un esprit vintage aux meubles et objets de décoration. En s’appuyant sur les compétences des compagnons, cette activité nouvelle au sein de la communauté l’invite à une réflexion sur la récupération et la création, et ainsi change le regard que lui porte la société, c’est à dire nous, vous, ils…

Jean-Christophe Vila