De cours de prouvençau a La Seino

Si les « Cigaloun seinen » donnent leurs cours de langue en version « mistralienne », le « Ceucle occitan de la Seina » enseigne, quant à lui, la graphie classique. Dans les deux cas, on apprend une même langue orale, et c’est déjà bien !

« Segur que m’agradarié d’èstre coumo un relais, entre leis ancian que parlavon mai o mens chasque jour la lengo, e nouastreis enfant que l’entendoun pas. Mai fau pas desespera. Per eisèmple, ai Chantié CNIM, ounte trabaïi, sian quauquei trentenàri qu’avèn entendu lou prouvençau, nistoun, e que serian lèst a oubri un cours. Mai coumo faire ? » Ulisse Gaiga es engeniaire mecanician, e paire de douas pichouno qu’aurién pau l’astre d’aprendre la lengo dóu paï, se li avié pas de cours d’oucitan a La Seino.

Es passa per aqueu dei Cigaloun Seinen, Ulisse. Lou vièi groupe assouciatiéu a creba l’iòu en 1933. « Nouastre cours se debano cado dimècre, entre 16h30 e 18h, a lescolo dei Collines de Tamaris, dóu caire dei Sableto » que nous dis soun animatour principau, Jaque Garnier. « L’i fèn l’estudi de tèste, de Mistral o de Roumanille, e lou mounde que vèn lou fa despièi de tèms. » Mai la colo felibenco assajo de manteni lou biai varès de parla. E, moussu Garnier n’en es bèn segur, « charran lou prouvençau lou mai parla a l’ouro d’aro ! » L’ourari, pamens, es pas bèn adaptada au mounde que travaïo, e beleu qu’Ulisse anira vèire un pau dóu cousta de l’Oustau dóu Patrimoni. Aqui, troubara Patricia Jouve, qu’animo un atalié d’oucitan. « Puleu qu’un cours, fem de jue de role, s’amusan bèn a parla ! ». Lou Ceucle Occitan de La Seina beilèjo un cours de lengo despièi d’anado tambèn. Jusqu’aro èro un proufessour d’oucitan-lengo dO (lapelacien ouficialo de lEducacien Naciounalo) que lasseguravo.
Mai despièi la rintrado, a l’Oustau dóu Patrimoni, entre 18h e 20h, si parlo mai, si fa men de gramatico. « Un cop inventan uno telefounado entre nous, un autre cop tiran un papié d’un capèu e sian mège o mecanicianAlor fau inventa un persounage, uno persounalita. Mai que d’un coup nous fa une bèlo partido de rire ! »

Dins l’un coumo dins lautre cas, uno deseno de persouno trèvon aquelei cours. « Semblo pas facile de faire mai, aro que touto la soucieta parlo autro causo » regrèto Jaque Garnier. « Fau inventa de biai d’atriva lou mounde » penso Patricia Jouve ; « un pau de fèsto fa pas de mau, e beleu que lei Seinen n’an envejo. Alor… »

« Serié pas mau se lo journau dei Chantié assegurié uno presenço de la lengo » se dis de soun cousta Ulisse. « Lei jouine travaïre veirién qu’es drudo, e coumo ieu, aurién belèu l’envejo d’ana furna dóu cousta dei cours de prouvençau dóu relar. »

Michel Neumuller

Article rédigé en graphie mistralienne, avec les suggestions lexicales de Pèire Brechet, professeur certifié d’Occitan Langue d’Oc.

Les mots qui comptent

Beileja = organiser, diriger

Colo = équipe

creba l’iòu = naître (fig.)

drud = vif

Lèst = prêt

Mège = médecin

Nistoun = gamin

Relar = zone, aire

Treva = fréquenter

Des cours de provençal à La Seyne

« Bien sûr, j’aimerais être comme un relais, entre les anciens qui parlaient plus ou moins tous les jours la langue, et nos enfants qui ne la comprennent pas. Mais il ne faut pas désespérer. Par exemple, aux Chantiers CNIM, où je travaille, nous sommes quelques trentenaires qui avons entendu parler le provençal, enfants, et qui serions prêts à ouvrir un cours. Mais comment faire ? ». Ulysse Gaiga est ingénieur mécanicien, et père de deux petites qui n’auraient pas la chance d’apprendre la langue du pays, si il y avait pas eu de cours d’occitan à La Seyne.

Il est passé par celui des Cigalons seynois, Ulysse. Le vieux groupe associatif est né en 1933. « Notre cours se donne chaque mercredi, entre 16h30 et 18h, à l’école des Collines de Tamaris, du côté des Sablettes », nous dit son animateur principal, Jacques Garnier.

« Nous y faisons l’étude de textes, de Mistral ou de Roumanille, et les gens qui le fréquentent, viennent depuis longtemps. » Mais l’équipe félibréenne essaie de maintenir la manière de parler varoise. Et, Monsieur Garnier en est bien sûr, «  nous parlons le provençal le plus parlé à l’heure actuelle ! »

L’horaire, pourtant, n’est pas bien adapté à ceux qui travaillent, et peut-être qu’Ulysse ira voir un peu du côté de la Maison du Patrimoine. Là, il retrouvera Patricia Jouve qui anime un atelier d’occitan. «  Plus qu’un cours, nous faisons des jeux de rôle, nous nous amusons à bien parler ! » Le Cercle Occitan de La Seyne dirige un cours depuis des années aussi. Jusqu’à présent un professeur d’occitan-langue d’oc (L’appellation officielle de l’Education nationale) l’assurait.

Mais depuis la rentrée, à la Maison du Patrimoine, entre 18 et 20h, on y parle davantage et l’on fait un peu moins de grammaire. «  Une fois nous inventons une conversation téléphonique entre nous, une autre nous tirons un papier d’un chapeau et nous voici médecin ou mécanicien… Alors il faut inventer un personnage, une personnalité. Souvent ça donne une belle partie de rire ! »

Dans un cas comme dans l’autre, une dizaine de personnes assistent à ces cours. «  Il ne semble pas facile de faire plus, maintenant que toute la société parle autre chose », regrette Jacques Garnier. «  Il faut inventer des façons d’attirer les gens » pense Patricia Jouve ; « un peu de fête ne fait pas du mal, et peut-être que les Seynois en ont envie. Alors … »

« Ça ne serait pas mal si le journal des Chantiers assurait une présence de la langue » se dit de son côté Ulysse. « Les jeunes travailleurs verraient qu’elle est riche, et comme moi, auraient envie peut-être d’aller voir du côté des cours de provençal du coin. »