Coupes budgétaires : le maire engage une nouvelle bataille

Marc Vuillemot s’insurge contre le coup aussi brutal qu’inattendu porté aux quartiers prioritaires en politique de la Ville (QPV). Le maire de La Seyne adresse une lettre ouverte au Président de La République, immédiatement co-signée par une cinquantaine d’élus locaux de régions et d’horizons politiques divers.

C’est un décret publié sans bruit, sans publicité, le 20 juillet dernier au Journal Officiel que le maire Marc Vuillemot entend contester haut et fort. Le décret n°2017-1182, qui fait l’effet d’une bombe dans les collectivités locales, en particulier dans celles comprenant des Quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) comme celui de Berthe et du centre-ville à La Seyne-sur-Mer.

Le 17 juillet au Sénat, lors de la Conférence nationale des territoires, à laquelle Marc Vuillemot assistait en tant que président de l‘Association des maires Ville et banlieue de France, « Emmanuel Macron lui-même » faisait la promesse de ne pas raboter davantage les dotations de l’État aux collectivités en 2018. A peine trois jours plus tard, les élus locaux découvrent que l’enveloppe « Contrats de Ville » dédiée aux QPV est amputée de 46,5 millions d’euros… dès 2017 !

« Les crédits alloués aux collectivités et aux porteurs d’actions qui n’ont pas été engagés au 1er juillet, sont annulés », explique Marc Vuillemot. La mesure du ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Damarnin, touche les prestataires d’actions d’accompagnement, souvent des associations mais pas seulement. Dans le Var, par exemple, la Chambre de commerce et d’industrie se voit privée de 18000 euros.

A La Seyne, l‘APEA (Association de prévention et d’aide à l’insertion) se voit supprimer 2000 euros, l’AMIQ (Association Maison intergénérationnelle de quartier) perd 4000 euros et la MAEFE (Maison associative Enfance Famille École) 3000 euros. « Et c’est bien pire pour Toulon », fait remarquer le maire, également Vice-président de Toulon Provence Méditerranée (TPM), sachant que les contrats de ville sont élaborés à l’échelle intercommunale.

La mesure, aussi brutale qu’inattendue, met d’autant plus en difficultés des structures œuvrant en direction des populations les plus fragiles que « tout était signé ». Les associations n’avaient par conséquent aucune raison de prévoir qu’elle devraient fonctionner encore six mois sans le budget prévu pour mettre en œuvre leur projet.

Mobilisation des élus locaux de France

En détériorant « la confiance des habitants », en sabotant « les efforts pour le vivre-ensemble », « L’État aveugle est en train de savonner la planche de la puissance publique », s’indigne Marc Vuillemot qui craint un effet en cascade. La diminution de la part de l’État correspond à près de 11% du financement des contrats de ville au niveau national, 8,7% dans le Var, les collectivités pourraient donc décider de diminuer leurs contributions respectives d’autant. « La Ville de La Seyne ne le fera pas, TPM non plus », indique-t-il néanmoins. Mais il ne peut qu’« espérer » que le Département et la Région partageront cette position.

Le maire de La Seyne se dit en outre préoccupé à plus forte raison dans un contexte de restriction qui touche « nombre d’autres missions de l’État indispensable à la prévention de la fracture sociale » (dont la police, la protection judiciaire de la jeunesse, les transports, les sports, la culture…).

Mais « l’union fait la force », pense-t-il. C’est pourquoi il vient de lancer un mouvement de contestation d’ampleur nationale en appelant les élus des collectivités locales à signer un appel exigeant que le gouvernement revienne sur sa décision. Le maire de La Seyne, qui est également président de l’association nationale de maires « Ville Banlieue », interpelle le Président de la République en lui adressant une lettre ouverte (ci-après), co-rédigée avec trois autres membres de l’association : Catherine Arenou (LR), maire de Chanteloup-les-Vignes (78), Gilles Leproust (PCF), maire d’Allonnes (72) et Damien Carême (EELV), maire de Grande-Synthe (59). Il a aussi demandé par courrier (également ci-après), à la députée Émilie Guérel (LRM) de se saisir de la question. Malgré la période de vacances, d’heure en heure, de nouveaux élus rejoignent le mouvement. A suivre…

laurence.artaud@la-seyne.fr

S’ajoutent à la liste des signataires :

– Françoise Marhuenda, maire des Ulis, vice-présidente de la Communauté Paris-Saclay, vice-présidente du Conseil départemental de l’Essonne

– Jean-Marc Nicolle, maire du Kremlin-Bicêtre (94)

– Christian Métairie, maire d’Arcueil, vice-président du Conseil départemental du Val de Marne

– Isabelle Foret-Pougnet, adjointe au maire de Bègles (33)

– Alain Cazabonne, maire de Talence (Gironde)