Adesias les Mouissèques !

La démolition, en ce moment, d’une des plus anciennes HLM de la Ville nous ramène aux sources de l’histoire du logement social. Depuis l’après guerre, les constructions sont proportionnelles aux besoins en main d’oeuvre des chantiers navals mais également, aux différentes vagues d’immigrations à La Seyne-sur-Mer.

Le temps de la reconstruction

Un peu d’histoire… Nous sommes en 1945. la ville de La Seyne-sur-Mer et ses chantiers navals sont détruits. Au cours des dix années qui suivent, la ville se reconstruit et se modernise. Jusqu’au début des années 60, la ville accueille une vague migratoire venue du sud de l’Italie et quelques Espagnols et Arméniens. La ville s’étend alors vers le nord (boulevard Stalingrad, HLM Max Barrel, Saint-Jean, Cité Monmousseau) et vers le Sud (HLM Saint-Antoine, Bois sacré, quartier des Mouissèques). De 1947 à 1951, on construit les H.L.M. de La Rouve appelés à l’époque « immeubles d’état ».

En 1948, l’Office municipal H.L.M est créé. En même temps que l’Office municipal des Sports (O.M.S.). Une école maternelle naît à Berthe : Pierre Sémard. Pendant les 35 ans qui suivent, du Nord au Sud, des ensembles immobiliers sortent de terre : Le Floréal, le Mont des Oiseaux, Le Messidor, Le Vallon des Signes, Le Prairial, La Présentation, Le Germinal, La Maurelle, Le Fructidor, Les Fauvettes, Max Barel, Saint-Jean, Monmousseau.

Les Trente glorieuses

Des années 1950 aux années 1980, La Seyne connaît en effet, et comme ailleurs, une explosion démographique et un développement économique florissant. C’est une ville populaire gérée par une municipalité à la politique sociale très ambitieuse. Dans l’agglomération toulonnaise, c’est la ville à part, la ville des ouvriers étrangers, celle de l’entreprise privée par opposition à la ville militaire d’une classe ouvrière d’Etat. On l’appelle familièrement « La Mecque » : La Mecque des bagnards ? La Mecque, ville franche ? La Mecque des communistes varois ? La Mecque rythmée par la sirène des chantiers, comme l’appel du muezzin ? La décolonisation des pays d’Afrique du Nord provoque le départ de leurs habitants. La Seyne accueille les Français d’Algérie attirés par la politique sociale de la ville, en même temps que les habitants de la région de Bizerte évacuée militairement, suivis par des Algériens, des Marocains incités par des accords gouvernementaux. La Seyne attire pour son industrie, pour sa politique de construction de logements populaires. Les premiers Africains de l’Ouest, du Sénégal, de Guinée-Bissau et de Casamance s’y installent. Dans les années 1970, l’important mouvement migratoire se poursuit par l’intermédiaire du regroupement familial. La ville s’étend au Nord : c’est le quartier Berthe et le territoire proche construit pendant vingt ans pour atteindre 15 000 habitants environ, et les quartiers privés de La Commandante, Vignelongue ; mais la ville s’étend au sud et à l’est : La Présentation, La Rouve, La Maurelle, le Mont-des-Oiseaux (pour ne citer que les quartiers HLM). Le développement des constructions immobilières privées suivra. Interrompues dans les années 1980, elles reprendront massivement dans les années 2000.

La suite ? Vous la connaissez… et vous la vivez. L’histoire du XXIe siècle jugera si le logement social aura tenu toutes ses promesses, celles d’offrir un foyer aux plus démunis, à ceux qui fuient leur pays en guerre, et, à ceux aussi qui fuiront leurs terres dévastées par le réchauffement climatique. Qui vivra verra !

sylvette.pierron@la-seyne.fr

(Sources : Le site de Jean-Claude Autran et l’Association pour l’histoire et le patrimoine seynois)