A Berthe, les dames ont pris la plume

Des femmes, des filles, des mères, des grands-mères du quartier Berthe sont les auteures d’un émouvant recueil de poèmes et récits sur le thème de la transmission. La Passerelle des mots est le fruit d’un travail mené au sein de l’association d’apprentissage de langue française « Citez des talents ».

C’est une histoire de bonnes femmes. Au sens premier du terme. Une histoire de rencontres, d’échanges, d’ouverture aux autres… Au commencement il y a Naziha Ben Ammar-Safti, un franc sourire, un regard qui s’anime à l’évocation de la mission qu’elle s’est donnée depuis toujours – elle en a d’ailleurs fait son métier : aider les femmes issues de l’immigration à s’exprimer en Français. C’est ainsi qu’elle en est naturellement venue, en 2013, à créer l’association « Citez des talents » au cœur du quartier Berthe dans le but de dispenser des cours d’alphabétisation. Près de deux ans plus tard, Naziha Ben Ammar-Safti se rapproche d’Andrée Bensoussan, connue à La Seyne pour son implication au sein de l’association « Histoire et patrimoine seynois ». Les présentations sont faites. « Tout de suite, j’ai senti que ces femmes avaient des choses à dire, et de jolies choses. J’ai eu envie de poursuivre ». Andrée Bensoussan accepte de mener le projet qui sera couronné par la publication, début juin, de La Passerelle des mots*, un touchant recueil de poésies, récits, contes… Les dames se réunissent au Foyer Traversa puis à la médiathèque Andrée Chedid. Une initiative soutenue par l’APEA (Association de prévention et d’aide à l’insertion), l’Avef (Association Vivre en famille) et Sud Fraternité.

« Des émotions partagées »

Un thème s’impose : celui de la transmission. « Des douleurs se sont exprimées, on a eu des émotions partagées, on a pleuré, on a ri, ça a resserré les liens », raconte Andrée Bensoussan. Elle ajoute : « Il y a aussi eu des tensions, des différences de points de vue, ça a été dépassé à chaque fois, elles s’encourageaient les unes les autres ». Au fil de 39 pages se déroulent « les peurs, les problèmes de communication avec les enfants, l’importance de faire des études, les erreurs à ne pas reproduire, les difficultés d’être étrangère ici, étrangère là-bas… ». Mais aussi « des souvenirs heureux, des contes et devinettes de l’enfance, souvent des histoires de fantômes ou liées à la nature chez les femmes originaires d’Afrique, plutôt des farces et des récits humoristiques chez celles qui viennent du Maghreb », révèle Naziha Ben Ammar-Safti. Les dames se sont retrouvées une fois par semaine durant près de deux ans, « au fil du temps, à l’atelier d’écriture s’est greffé un atelier dessins, puis un atelier lettrines »… Le projet a en outre ébranlé jusqu’au photographe Gil Fréchet qui a souhaité y participer bénévolement. Au final, La Passerelle des mots, c’est une ode à la parole libérée. Et comme les écrits restent…

laurence.artaud@la-seyne.fr

*Publié par Hémisud. Le livre sera présenté à la médiathèque le 11 octobre